Droits
au coeur
20
courts-métrages sur les droits de l'enfant

Vingt
courts métrages d'animation canadiens, de Bhimsain, Diane Chartrand,
Martine Chartrand, Claude Cloutier, Zabelle Côté, Michèle
Cournoyer, Francine Desbiens, Jacques Drouin, Lina Gagnon, Kireet Khurana,
Pavel Koutsky, Michèle Pauzé, Bretislav Pojar, Elisa Rivas,
Cilia Sawadogo, Pierre M. Trudeau.
Produite
par le prestigieux Office national du film du Canada, la vingtaine de
films d'animation réunis sous le titre Droits au cœur
a été réalisée entre 1992 et 1998 pour illustrer
la Convention des Nations Unies sur les Droits de l'enfant, entrée
en vigueur en 1990. Répartis en trois programmes s'adressant à
des tranches d'âge différentes (le premier volet dès
quatre ans, le deuxième à partir de sept ans, le troisième
après neuf ans : il faut souligner la pertinence de ce découpage,
parfaitement adapté à chaque public), ils sortent aujourd'hui
simultanément en salles et en vidéo. Certains de ces films
sont connus du public et de nos lecteurs, soit qu'ils aient été
présentés dans des festivals (quatre d'entre eux étaient
notamment en compétition à Annecy en 1995 -- cf. Positif
n° 415), soit parce qu'ils ont été diffusés
en France en complément de programme dans les cinémas d'art
et d'essai adhérentes du R.A.DI. (c'est le cas, par exemple, de
Baroque'n'Roll, qui remporte toujours un certain succès
en salle). Chaque film illustre un article de la Déclaration, de
façon très didactique ou plus métaphoriquement, par
l'anecdote ou par la poésie, avec humour ou gravité.
Neuf femmes et sept hommes se sont attelés à la tâche,
avec pour principales contraintes de produire, en quatre à neuf
minutes, une œuvre de création à vocation pédagogique.
Les films se privant de paroles et de textes peuvent être universellement
perçus par tous les enfants de la planète. De nombreuses
cultures sont représentées : si les auteurs sont pour
la plupart canadiens, il leur arrive d'évoquer le sort d'autres
parties du monde, et le troisième volet s'ouvre à des auteurs
indien, tchèques, cubain et burkinabée. La diversité
des cultures, des thèmes et des tons est renforcée par la
grand variété de techniques utilisées : du dessin
sur papier "classique" (dont le remarquable Jonas et Lisa de Zabelle
Côté, dessiné sur papier recyclé et colorié
directement sur pellicule, alors que l'auteur est également coupable
d'un des films les plus laids de la série, Porte à porte)
au fascinant écran d'épingles d'Alexeieff, admirablement
utilisé par Jacques Drouin (Ex-enfant), en passant par les
papiers découpés (aux résultats inégaux, du
Papa de Michèle
Pauzé au Tournoi de Francine Desbiens), la peinture sur
verre (superbe dans Piégés de Diane Chartrand), les
marionnettes de Bretislav Pojar (moins inspiré que par le passé)
ou de Pierre Trudeau (Baroque'n'Roll, déjà cité),
la curieuse rotoscopie de Michèle Cournoyer (Une artiste),
l'ordinateur 2D de Bhimsain (peu convainquant, dans le registre du Cadenas
comme dans celui de Commerce) et quelques techniques mixtes. Cette
"animation plurielle" est un atout pour maintenir en éveil l'intérêt
des enfants (la longueur des trois volets est elle aussi adaptée
à chaque tranche d'âge), et constituera un biais supplémentaire
pour enseignants et parents qui voudront poursuivre avec les enfants la
réflexion et la discussion sur ces films en forme de questionnements :
loin de l'uniformisation de l'animation débitée par la télévision,
ils ouvrent des fenêtres sur des possibles esthétiques souvent
inconnus du jeune public. Malgré leur inévitable inégalité
qualitative, ces vingt films offrent donc un salutaire panorama des misères
que peuvent partout endurer les enfants, aussi bien qu'un éveil
à des formes nouvelles.
Gilles
Ciment
(Texte
paru
dans Positif
n°458
avril 1999)
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